Regard et voix dans les jeux de domination

Après un premier article sur l’introduction des jeux de soumission dans le couple, nous allons aborder un aspect subtile de la domination. Le regard et la voix peuvent avoir beaucoup plus d’effet qu’une tape sur les fesses ou une gifle. En effet, les plus turbulents d’entre vous se souviennent peut-être de faits qui ont marqué leur petite enfance quand après une bêtise un regard saisissant ou une voie puissante venait vous paralyser et Le regard et la voix peuvent avoir beaucoup plus d’effet qu’une tape sur les fesses ou une gifle. En effet, les plus turbulents d’entre vous se souviennent peut-être de faits qui ont marqué leur petite enfance quand après une bêtise un regard saisissant ou une voie puissante venait vous paralyser et faire naître en vous la crainte et parfois même la peur.. Nous allons continuer tout en douceur, cette initiation aux jeux de soumission. Et vous serrez assez surpris de constater que cet aspect de domination ou de soumission est ancré en chacun de nous!

 

Le regard

Outre le besoin que nous avons du regard des autres (à moins de vivre en ermite), le regard est le premier outil de domination. Même à travers une webcam, on peut se contenter de dominer par le regard: l’appuyer pour faire baisser les yeux à la personne qui participe à cette joute oculaire, les déshabiller des yeux, l’inférioriser ou l’humilier en fixant une zone particulière de son corps. Exercez-vous dans un cocktail où vous ne connaissez personne. Encore fait-il savoir quel côté de la médaille vous préférez: Être le D (dominant) ou le S (soumis) ?

Dans un café ou un autobus deux inconnus se livrent à un jeu de regards. Que ressentez-vous lorsqu’on vous examine à distance comme si vous étiez un lampadaire design? Une gêne ou au contraire une excitation, voire l’envie pressante d’une interaction ? Échafaudez-vous le fantasme que cette personne vous tire par la main, vous attache à son siège ou vous enferme dans son armoire à vêtements? Alors vous êtes bel et bien dans le camp des dominés. Vous aimez vous sentir soumis dans le regard de l’Autre. Cela vous ramène inconsciemment à l’époque où papa ou maman ordonnaient, grondaient ou félicitaient. Doté d’une hypersensibilité masochiste, vous le sentez posé sur vous, même lorsque vous avez le dos tourné. Certains intuitifs y sont encore sensibles les yeux bandés.

Si vous préférez un regard admiratif ou implorant, si un frisson vous parcourt l’échine lorsqu’une paire de pupilles inconnues lèche vos bottes ou vos mains gantées, alors vous êtes « D ».  Un regard soumis vous aide à tenir votre rang de Maître ou de Déesse. Ainsi de nombreuses personnes ont besoin de croiser le regard admiratif de leur partenaire pour se sentir exister. Autrement, ils ont l’impression de faire partie des meubles. Il arrive même qu’ils doutent.

On est D ou S sans forcément engager de rapports SM. Un Bottom (celui qui est passif) en tient compte dans le choix d’un Top (celui qui délivre) et impose ses propres limites. Les participants se mettent d’accord sur l’inclusion ou l’exclusion des rapports sexuels et des pénétrations aussi bien que des châtiments corporels. Un joueur doit avoir au fond de lui-même « le désir du désir de l’autre » (cf. Le livre Le Miroir qui revient d’Alain Robbe-Grillet, éditions de Minuit, 1985) de sorte à éliminer sadisme et barbarie.

Autoritaire ou soumis, le regard traduit l’attribution des rôles. La cravache des dominants, le collier ou les menottes des soumis ne sont en fait que des accessoires. Dans un jeu D/S, un dominateur est plutôt voyeur, un soumis plutôt exhibitionniste, même s’il garde les yeux baissés comme il se doit. La dépendance au regard des autres est devenue telle qu’on peut s’effondrer lorsqu’on en est privé. Combien d’actrices et d’acteurs sont déprimés lorsqu’ils ne montent pas sur les planches? Même tabac dans les jeux D/S.

Dans un club échangiste, un petit homme dont la femme se faisait prendre sur une banquette par deux types à la fois est resté longtemps à côté de moi: il avait accroché mon regard. Lorsque j’ai détourné les yeux, il a fait un caprice en criant: « Personne ne s’occupe de moi! »

Le regard, instrument de domination dans les jeux de soumission

La voix

La voix est un outil de domination car elle donne l’ordre, guide et même à l’extase par sa fermeté et son charme, surtout quand le bottom a les yeux bandés. On peut en jouer à loisir au téléphone, et même dominer quelqu’un à distance, uniquement par la voix.

C’est aussi une mise à distance de soi et de son propre corps pour la personne qui se soumet à l’autre dans une relation D/S. Ainsi, ce tête-à-tête entre deux femmes, où une soumise de 20 ans répond aux questions de celle qui la domine. L’initiatrice, car c’est d’une initiation qu’il s’agit, donne ici son ressenti sur le lien de la voix et du corps:

Je m’assieds et je la regarde pendant qu’elle écoute. Nous ne bougons pas. C’est long. Au bout d’un moment nous ne pensons plus que c’est elle qui parle. Nous écoutons ce qu’elle dit. Les actes, les positions. Nous la voyons être ce qu’elle dit. Au début, Pauline déglutit souvent pendant qu’elle entend sa voix dire ce qu’elle aime. Puis elle ne manifeste plus aucune émotion. Ça va directement de la voix à son corps. Son corps reconnaît ce qu’elle dit. Je regarde Pauline, je ne vois plus Pauline. Je vois le corps de qui est dit avec la voix.

Le Bel Échange de Claudine Galéa aux éditions de Rouergue, 2005

 

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