Jouer l’ animal pour expérimenter les pratiques D/S

Nous continuons notre exploration des pratiques D/S en abordant un thème très répandu dans le milieu: Jouer l’animal. Les rapports entre l’humain et l’animal sont monnaie courante dans nos vies. Ainsi les personnes qui possèdent un animal de compagnie comprendront aisément. Le chien obéit à son maître, le cheval suit les directives de son écuyer ou jockey. Bref l’animal est « soumis » au bon vouloir de son maître. Jouer un animal permet à la personne soumise d’appréhender au mieux le rôle qu’on lui demande de d’exercer. Cela lui permet de franchir le pas plus facilement car elle connaît les rapports que l’animal à avec son maître.

Je vous propose de découvrir plusieurs idées qui vous permettront de mettre en place votre scénario D/S. A vous de choisir le rôle qui vous convient le mieux. Et surtout de prendre du plaisir!

Le chien, l’animal de compagnie préféré de l’homme

Assis, couché, debout! Un bottom choisit parfois de jouer le cabot d’une femme ou d’un gay qui aime (ou déteste)les chiens. A quatre pattes, il lui apporte sur commande le journal dans sa gueule. Un chien de luxe possède sa propre gamelle sur laquelle figure son nom, REX ou MEDOR. Le top promène son chien en laisse dans l’appartement et qui sait, peut-être même dans la rue à la tombée de la nuit, de préférence pendant la coupe d’ Europe de football pour ne croiser personne, obligeant son fidèle compagnon à lever la patte contre une borne.

 

–> Dans la pratique

Chiens, achetez un collier et une laisse. La couleur marron clair sied au chien de chasse. Le collier métallique à piques convient à un chien du type bull dog ou labrador. Entraînez-vous à marcher à quatre pattes à un rythme soutenu pour suivre le top au bout de votre laisse. Le chien rapporte allègrement tous les objets qu’on lui lance. Maîtres, récompensez votre toutou d’une caresse ou d’un sucre après qu’il ait fait le beau. Ordonnez-lui d’agiter la queue en signe de contentement. Selon les règles établies à l’avance, ses aboiements auront des significations. « Ouah Ouah! » veut dire oui, « wouf » impossible, et s’il retrouve la parole, cela signifie que le jeu est fini. Le D demandera peut-être à son toutou quelques coups de langue appliqués en récompense, rapides si le soumis se prend pour un petit chien, énormes de la part d’un molosse.

Le fantasme existe aussi dans l’autre sens. Avec l’écrivain Pierre Bourgeade, nous avons tourné deux courts métrages qui le mettent en scène. L’écrivain et son chien et Médor et Baud’laire. Pierre joue l’indulgent propriétaire de Médor, incarné par une jeune femme racée comme un lévrier, qui endosse le rôle de chien à la perfection.

« On est dans l’instinct, dans le monde animal. D’où l’acceptation de se tenir à quatre pattes, d’être sans vêtements, d’avoir les parties sexuelles visibles, d’obéir aux ordres, d’être tenue en laisse, de recevoir des coups, d’aboyer au besoin en chenil avec d’autres animaux […] Consciemment ou non, on cherche donc à vivre dans le monde animal qui, parce que nous sommes des hommes, vit en nous. »

Pierre Bourgeade, L’objet humain, Gallimard, 2003.

 

Le cheval

Aimez-vous l’équitation? Encore faut-il trouver une monture, ou si vous préférez tenir le rôle du cheval, une écuyère. Dans un couple hétéro, la cavalière enfourche un homme harnaché d’une selle, de rênes et d’un mors, sans oublier les étriers et les éperons. Elle monte son cheval à cru, pieds nus ou bottées.

 

–> Dans la pratique

Faute d’article de sellerie, un collier et une cravache sont les articles de base d’un bon dressage. La cavalière passera une cordelette entre les mâchoires de son étalon en guise de rênes pour le faire galoper autour de la salle à manger. Sa monture sentira la texture de sa culotte ou de son sexe contre la peau de son dos.

 

Dans Nana de Zola, le comte de Muffat a rédigé un manuel de conduite équestre à l’usage de son épouse qui devait le seller et l’ harnacher avant de le monter, de l’ éperonner et de le cravacher. « Elle le traita en animal, le fouilla, le poursuivit à coups de pied. Hue donc! Hue donc! Tu es le cheval!… Dia, hue, sale rosse, veux-tu marcher! »

 

La poney-girl

La poney-girl est du genre féminin, comme son nom l’indique. En Angleterre, les rares pratiquants de ce curieux hobby harnachent une, deux ou trois soumises qui tirent une carriole depuis laquelle un top les dirige. Le sulky est le must du trot attelé. Un long fouet a une queue d’un mètre vingt minimum, une badine ou une chambrière encourage les poney-girls à tirer leur charge avec allant. Les Academy Clubs (clubs privés SM) d’Irlande, d’Écosse et d’Angleterre coiffent leurs attelages de crêtes de coq ou de queues de cheval en poils véritables. Ils les parent de lingerie sexy, de sous-ventrières et de plumes. Ainsi, Sir Guy organise des week-ends de poney-girls avec ses pairs dans la campagne anglaise. Il conseille personnellement à sa monture de se taire une fois qu’elle a le mors dans sa bouche, et de ne pas ajuster son harnais elle-même. Pendant le parcours, elle ouvre et ferme plusieurs fois la main si elle a quelque chose d’urgent à dire, et stationne à l’écart pour parler à l’oreille de son maître, afin que les autres attelages n’entendent pas la conversation. Toucher ses genoux signifie: « Je dois aller aux toilettes », s’aplatir sur le sol: « On arrête le jeu. »

 

Jeux animal D/S, la poney girl dresse sa soumise

 

Le poney-boy

Le poney-boy est harnaché d’une manière identique. En Grande-Bretagne, les poney-boys gay sont des passionnés d’attelage. Certains fabriquent des sulkys sur mesure ou des chars romains. Ils concourent sur des terrains privés, déguisés en centurions.

 

–> Dans la pratique

A la maison, le top monte sa poney-girl ou son poney-boy en tenant les rênes comme s’il s’agissait d’un cheval, mais sans se déplacer d’un centimètre: à genoux et penché en avant, le bottom doit alternativement lever et descendre les reins sous le poids du top, qui s’allège en touchant le sol des pieds. Nul besoin d’œillères, le poney n’aura pas la tentation de voir si l’attelage, voisin arbore un plus beau harnais que le sien, puisqu’il s’agit d’un tête-à-tête. Ainsi la monture n’aura pas honte de s’effondrer si elle ploie sous la charge.

« Blanche Tourterelle est une fille solide qui me porte aisément. Son corps est musclé sans perdre sa féminité aussi le harnachement du poney lui va à merveille. La monter, c’est sentir sa force et son pouvoir sous moi. »

Maxim, maître de poney-girls, Angleterre

 

Le cochon

Dans la ménagerie masochiste, la joie de l’avilissement atteint son comble lorsqu’on se sent cochon ou truie. Manger les restes d’un repas répandus sous la table, grogner au-dessus d’une auge malpropre pour en réclamer davantage octroie la pire estime de soi, si minable qu’on ne peut pas tomber plus bas. Un psychanalyste freudien signe les lettres qu’il m’adresse « cochon ». Sans doute celui qui sommeille en tout homme, l’instar duquel il arrive qu’une femme prenne du plaisir à se comporter comme une bonne petite, reproduisant ce que certains hommes attendent d’elle.

 

Masque de cochon en latex pour jouer l' animal durant les jeux de domination.

 

–> Dans la pratique

Si vous avez envie de vous identifier au cochon, procurez-vous d’abord le masque correspondant chez un marchand de farces et attrapes. Apprenez à grogner de satisfaction, et à couiner pour manifester votre désaccord. Attendez-vous à ce que votre partenaire vous traite comme tel: vous risquez de manger sous la table. Confectionnez-vous une combinaison de cochon en Lycra rose à vos moments perdus. En guise de queue, attachez une ficelle rose, que vous friserez comme celle d’un paquet cadeau.

 

Le jour du déménagement, forcément j’étais un peu perturbée, moi je n’aime pas bouger de ma tanière ; alors j’étais entièrement truie, le groin, les pattes, les reins à l’horizontale, impossible de déguiser quoi que ce soit. Yvan a été obligé de me fourrer dans un grand sac, mais moi, en truie, je suis très claustrophobe, impossible de tenir là-dedans. […] Quand j’ai entendu « SPA ouvrez ! » j’ai senti jaillir ma queue en tire-bouchon. »

Marie Darrieussecq, Truismes, P.O.L, 1996.

 

Le loup

Fantasmer sur le loup, c’est aimer la fourrure. Ainsi Sacher-Masoch écrivait-il dans son roman La Vénus à la fourrure: « J’enviais le pauvre troubadour que sa capricieuse maîtresse fit coudre dans une peau de loup pour lui donner la chasse tel un gibier. » La louve est elle-même une prédatrice: elle peut mordre son compagnon et s’attaquer à l’homme lorsqu’elle est en meute.

 

–> Dans la pratique

On trouve des masques de loup dans les magasins de farces et attrapes. Le top jouera le loup et le bottom le petit chaperon rouge. Il suffit que ce dernier porte un vêtement rouge et remplisse un panier de pinces à linge, de cordelettes, de brosses à vêtements ou de brosses à cheveux, sans oublier le goupillon à nettoyer les bouteilles, bref, tout ce qu’il faut pour taquiner un loup. En théorie, c’est le loup qui attrape la petite fille, mais on peut aussi imaginer le contraire. Après avoir attaché ou menotté le loup, le petit chaperon rouge pioche des instruments détournés dans son panier. De ce fait, le panier représente un enjeu capital.

 

Les parties de chasse

On se souvient du film Les chasses du comte Zaroff (1938) dans lequel les invités, un couple de passagers d’un bateau naufragé, ont jusqu’au lever du jour pour échapper à leur hôte. Le comte piège habilement les embarcations qui passent au large de son île déserte afin d’y organiser des parties de chasse à l’homme. Dans les jeux D/S, c’est en général la femme qui joue le gibier. Mais pourquoi ne pas inverser? Imaginez une horde d’amazones déchaînées aux trousses d’un homme qu’on aura chaussé au préalable d’une paire d’escarpins, ou de bottes poilues dont le talon à une forme de sabot de bouc, comme en portent certains Anglais! Le jeu s’organise aussi entre hommes: le master joue au chasseur, et la larve sert de gibier.

 

–> Dans la pratique

Le jeu rassemble plusieurs tops. Home ou femme, la biche ou le cerf sera poursuivi en pleine nuit. Pour compliquer la partie de chasse, on prévoira des gages à accomplir par le cervidé aux abois: pendre un à un ses vêtements aux arbres jusqu’à la nudité complète, un effeuillage en plusieurs épisodes, au cours desquels les chasseurs devront s’immobiliser, émerveillés par le spectacle du strip-tease de la gazelle ou du gazou lâché dans la nature.

Préférez au jardin public une battue dans la campagne, ou une poursuite sur une plage déserte. Vous aurez suspendu des lanternes dans les arbres pour donner à la scène une ambiance fantasmagorique. N’obligez pas le gibier à courir à travers les arbres d’une forêt les yeux bandés comme on l’a vu dans le film Intacto de Manuel Fresnadillo: l’accident serait inéluctable.

 

« Dominer une femme, c’est m’approprier sa magie. Rechercher une proie détentrice de ces pouvoirs magiques, et qui sera tentée par l’expérience de la soumission, c’est une chasse. Les instruments rituels pour l’accueillir, cordes, chaînes bandeau, bâillon, cravache, martinet, bougies sont autant d’adjuvants pour la peur ou la panique de la biche. L’échange fini, elle repartira encore plus belle et plus entreprenante que quand elle est venue se jeter dans la gueule du loup. »

Maître Zaroff

 

Le félin

Achetez un masque de grand fauve, pour entrer dans la peau de la bête et changer la perspective que le bottom a sur vous. Souple et rapide, la chatte sauvage (Catwoman dans le film éponyme) griffe plutôt le dos et l’intérieur des bras et des cuisses de ses amants. Elle se met à ronronner lorsqu’elle est amoureuse. Une chatte soumise se grise de caresses. On peut lui ordonner d’agiter la queue: un petit martinet-gode, enfoncé entre ses fesses.

 

animal félin Catwoman pour jeux de domination e de soumission

 

L’ours

L’ours est la version zoologique de l’ogre. Le top doit posséder une grosse voix et le physique approprié. On tremble à son écoute. Malgré une apparente bonhomie qui inspire confiance, sa stature effraie. La force animale et virile se faisant rare, l’ours séduit de nombreuses femmes.

 

–> Dans la pratique

Ours, faites une démonstration de votre force physique devant la dame. Portez ce qu’il y a de plus lourd dans son appartement comme s’il s’agissait d’un oreiller de plumes. Apportez-lui, tel un géant, une plaque d’égout métallique en guise de bouquet de fleurs. Montez et descendez les escaliers de sa mezzanine sur les fesses à la force des bras, en poussant des grognements féroces. Il est préférable d’avoir une pratique sportive régulière et un bon ostéopathe pour faire l’ours.

L’homme soumis adoptera plutôt le comportement de l’ours dressé, comme ceux qu’on exhibe au cirque de Moscou, pour le plaisir de la bouffonnerie et des humiliations qui suivront.

 

Sans qu’on lui ait rien demandé, il commence à se balancer d’une jambe sur l’autre, oscillant mécaniquement, jambes écartées, puis ployant peu à peu les genoux, se dandine de plus en plus pesamment, martelant le sol de la plante des pieds, levant les pattes de plus en plus haut, mimant la danse pataude de l’ours dressé qu’on exhibe dans les foires […] en répétant comme une litanie « je suis le roi des cons, je suis le roi des cons », sur une mode mi-affirmatif mi-interrogatif qui cherche manifestement les répliques magiques, sarcasmes, quolibets nécessaires au rôle de bouffon qu’il s’est composé dans une saynète où nous ne jouons que les utilités. »

Jeanne de Berg, « La transe de l’ours », Troubles de femmes, éditions Franck Spengler, 1996.

 

 

 

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